Version imprimable de cet article

Sel pour hypertendus : Bonne idée ?

28 avril 2016

Le sel de cuisine (chlorure de sodium) est largement utilisé dans l’industrie alimentaire comme exhausteur de goût, notamment pour les saveurs sucrées, pour flatter le palais et les papilles du consommateur et ainsi s’assurer de sa fidélité. Comme le sel retient l’eau dans les tissus végétaux et animaux, il en augmente le poids et donc la rentabilité des aliments proposés à la vente.

Les aliments "sur-salés" ont un autre avantage pour l’industrie agroalimentaire.
Ils augmentent la sensation de soif.
Et comme les groupes agroalimentaires contrôlent également les marques d’eaux minérales, le jackpot est assuré !
Des stratégies d’accoutumance des nourrissons au sel auraient été menées par le biais des petits pots et plats pour bébés.

Mais, le rôle du sel dans la genèse de l’hypertension artérielle et donc de certaines pathologies rénales est établi depuis longtemps (1-2).

Depuis quelques années les associations de consommateurs font de nombreuses campagnes d’information accompagnées de pressions auprès des industriels pour qu’ils réduisent les concentrations de sel dans leurs préparations.
L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) a décidé, en 2000, de se saisir du dossier "sel" pour évaluer la faisabilité d’une réduction progressive de la teneur en sel des aliments transformés.
En mars 2001, l’AFFSA a crée un groupe de travail "sel", présidé par le professeur Hercberg et composé d’acteurs économiques, de représentants des ministères, d’associations de consommateurs et de scientifiques.
Parmi ses conclusions, on peut en noter deux :
- en France, la consommation moyenne de sel est de l’ordre de 10 g/j, soit approximativement du double au quadruple de celle souhaitable (1-2).
- le pain (et les biscottes), la charcuterie, les soupes, les fromages, les plats industriels, les pâtisseries salées, les sandwichs, les viennoiseries, les condiments et sauces et la pâtisserie sont les dix principaux vecteurs de sel.
Un objectif d’une réduction de 20% de l’apport moyen en sel sur cinq ans a été fixé, cette réduction devant être nécessairement progressive, notamment pour permettre au consommateur de s’adapter d’un point de vue organoleptique aux nouvelles teneurs en sel des aliments.
Le sel de cuisine de qualité alimentaire est un produit cristallin se composant principalement de chlorure de sodium, environ 97 % de l’extrait sec.

Comme c’est le sodium qui est montré du doigt dans la genèse de l’hypertension par un mécanisme de gonflement des parois artérielles (en réduisant leur diamètre) des industriels ont profité de cette "mode" pour lancer une autre stratégie de marketing, donc purement commerciale.
Il suffit de remplacer le sel "chlorure de sodium" par un autre sel, le chlorure de potassium  !
C’est ce qu’a fait une firme internationale écossaise, Klinge Chemicals Ltd (3) , ou une autre(4) en mettant sur le marché un produit grand public que l’on trouve dans les commerces alimentaires et supermarchés (Photos 1 à 3).
JPEG - 239.4 ko
Ensuite, il suffit d’annoncer que le potassium a des vertus hypotensives, ce qui n’a jamais été clairement ni démontré ni infirmé.

Leur sel, Lo Salt, est vendu 8.50 €/kg, prix à comparer à celui du sel de cuisine classique qui est d’environ 1.00 €/kg. Le concept est juteux !

On peut se demander quels sont les effets physiologiques de la sur-consommation de potassium, mais ce n’est pas directement l’objet de cet article.
Par contre, une forte concentration de potassium entraîne celle de son isotope radioactif, le potassium 40 (^{40}K).
Ce potassium 40, naturellement présent dans notre organisme est responsable d’environ la moitié de la radioactivité normale du corps humain. Il émet un rayonnement béta(-) et un rayonnement gamma.

Avec un compteur Geiger, même non-professionnel comme le Radex, une simple mesure montre qu’effectivement le niveau de la radioactivité de l’environnement de ce sel est le double de celui de la radioactivité naturelle (photos ci-dessous).
JPEG - 336.5 ko
Si le niveau de radioactivité constaté n’est pas réellement inquiétant en soi pour la santé, c’est encore une contamination qui s’ajoute à d’autres, sans que le public n’en soit averti.
Et si d’autres industriels, avec l’aide de responsables politiques, arrivent à diluer des déchets radioactifs dans les produits grand public tels que les matériaux de construction et la ferraille(5,6), l’avenir sera radieux et les consommateurs rayonnants eux-aussi !
La question est de savoir si ce sera de bonheur …..

Références

(1) http://www.prevention.ch/leseldecuisinepointtrop.htm
(2) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19885787, Ther Umsch. 2009 Nov ; 66(11):721-4. [The influence of salt intake on hypertension].
(3) Klinge Chemicals Ltd (http://www.klinge-chemicals.co.uk/) affiche comme slogan "World leaders of specialised potassium chloride production" http://www.klinge-chemicals.co.uk/losalt.html
(4) http://www.powersante.com/minceur/dietetique/bouillet-bouillet-sel-dietetique-sans-sodium-240g.html?source=googleps&gclid=CPaIpdS7tLkCFbHKtAodCw8A3A
(5) Arrêté du 5 mai 2009 fixant la composition du dossier et les modalités d’information des consommateurs prévues à l’article R. 1333-5 du code de la santé publique NOR : SASP0910487A. http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000020609175
(6) http://www.criirad.org/mobilisation/5mai2009.html#1