


Pas de médaille sans revers...
Louis XIV ne se lavait jamais les pieds. Selon les historiens, il dut prendre deux bains dans toute sa vie. Cela ne l’a pas empêché de se couvrir de perruque, dentelles, plumes, bijoux et de parader à Versailles, fardé et parfumé.
Il en est de certaines villes comme de certaines personnes. Derrière un décor clinquant pour touristes et administrés naïfs on découvre trop souvent que l’arrière cour est sordide à donner la nausée. Pour éviter d’aborder les sujets de fâcheries, l’attention du peuple est détournée vers des projets extraordinaires. Une façon comme une autre d’inviter à regarder au loin pour ne plus voir où on met les pieds. Une sorte d’anesthésie de la réflexion.
Dans notre département où quelques notables valorisent ses richesses naturelles pour remporter le prestigieux (mais ruineux) marché des JO, il existe hélas de telles villes. C’est d’autant plus affligeant que leurs élus, à l’instar du roi soleil qui recherchait la gloire, se préoccupent d’abord de se mettre en lumière pour leur image et leur notoriété avant de s’inquiéter des poubelles de leurs villes.
Seyssel (74) est, de ce point de vue, un exemple symbolique. C’est une petite ville charmante du "Pays du Haut-Rhône" qui a des atouts incontestables appréciés des touristes. Ledit "Pays du Haut-Rhône" a obtenu le label "Paysage de reconquête" décerné le 8 février 1993 par la ministre de l’environnement d’alors : Ségolène Royal. Il faut croire que la royale ministre fut mal informée ou plutôt désinformée car elle aurait eu le hoquet si elle avait su que 20 000 tonnes d’ordures avaient été "oubliées" dans une ZNIEFF.
Une ZNIEFF est - en principe d’après sa définition - une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Floristique et Faunistique. C’est donc a priori, une zone particulièrement intéressante dont il serait pertinent de prendre soin. Or, dans l’une des ZNIEFF du beau "Pays de Seyssel", croupissent des milliers de tonnes d’ordures depuis plusieurs décennies. Il s’agit de l’ancienne décharge officielle du SIVOM de Seyssel (18 communes). Cette zone, dite "ZNIEFF du val du Raffaray", repérée pour ses particularités "naturelles" tire son nom du petit cours d’eau - Le Raffaray - qui la traverse avant de se jeter dans Les Usses qui à son tour grossit le Rhône juste en amont de Seyssel.
Le spectacle qui n’est certes pas proposé aux touristes vaut néanmoins le détour. Coeurs sensibles s’abstenir ! C’est immonde, scandaleux, épouvantable, répugnant... On y trouve absolument de tout : sacs d’emballage, débris d’autos, fûts métalliques rouillés aux contenus suspects, pneus, moquettes, batteries au plomb, bidons, chiffons, chaussures, téléviseurs, gravats, vieux matelas, etc... et l’eau qui ressort a par endroits une couleur très étrange. L’inventaire dépasse largement ce que l’on devrait trouver dans les OM (Ordures Ménagères) car certains indélicats, selon le principe du "un peu plus un peu moins" ont trouvé commode de venir se débarrasser là de ce qui les encombrait, même après la fermeture "officielle" de la décharge... Le long de la route (D 17) qui borde le val du Raffaray se sont ainsi crées des décharges sauvages... Comme cette route franchit le torrent, le pont est un lieu de "délestage" commode...
Au gré des crues et des pluies, la masse d’ordures glisse doucement et inexorablement dans le cours d’eau qui l’hiver se transforme en torrent de sorte que de nombreux immondices se retrouvent éparpillés jusque dans le Rhône... Pourtant les détritus divers accrochés aux branches et aux rochers ou stratifiés avec les limons, même s’ils sont une insulte à la beauté des lieux ne sont pas les plus inquiétants... L’eau par les pluies et les sources traverse cette masse de résidus et se charge peu à peu de matières diverses - de nature inconnue - solubles ou en suspension, alimentant in fine le Rhône qui n’est pas à une pollution près !...
Pourtant, la commune de Seyssel fut administrée pendant 19 ans par l’homme qui préside actuellement aux destinées du département et qui s’active avec zèle pour obtenir les JO à Annecy en 2018. Outre qu’il fut maire de Seyssel (il en est à ce jour conseiller municipal) il est président de la communauté de communes de Seyssel depuis sa création et conseiller général depuis 1991. Or, sauf erreur, c’est bien le Conseil Général qui est chargé de la gestion des déchets dans le département...
Certes, il n’est pas responsable de la création de la décharge en 1977 mais s’il la fit fermer dès son arrivée au pouvoir en 1989 - acte peu glorieux puisque c’était de toute façon inévitable - il ne fit rien par la suite pour réhabiliter le site. Pire, il a longtemps proclamé haut et fort à tous vents qu’il n’y avait aucune pollution. La seule nuisance qu’il concédait était visuelle et serait remédiée par la végétation. C’est ce qui s’appelle mettre des souliers vernis sur des chaussettes crasseuses !... Il fut cependant inquiet lorsque, en 2003, le procureur de Thonon-les-Bains ordonna une enquête. Il pensa alors prudent de consulter un cabinet d’expertise afin d’établir un diagnostic et laisser croire qu’une remise en état des lieux était envisagée.
Le cabinet d’expertise consulté, "Alpes-Ingé", dans son rapport daté du 10 novembre 2005, présenta une situation qui était loin d’être aussi idyllique que le prétendait son client. La lecture de l’épais dossier, même si sa rédaction est édulcorée, reste singulièrement préoccupante...
En effet, dans un site reconnu comme "remarquable", la décharge, particulièrement "instable" présente des risques "moyens à forts" sur l’environnement (eaux souterraines et de surface, nuisances pour les riverains, dégradation des milieux naturels...). Par ailleurs, l’eau provenant de résurgences dans la masse d’immondices révèle des "altérations de la qualité".
Pour ceux qui ignorent cette curiosité pittoresque, il est utile de préciser que la "montagne d’ordures" occupe en partie la combe, profonde de quelques dizaines de mètres. Elle a été rabotée au niveau supérieur par les bulldozers qui ont repoussé les détritus dans la gorge. La plate-forme ainsi crée a ensuite été recouverte d’une couche de terre pour "cacher la misère" aux regards, et une partie du site a été revendue à un particulier qui eut l’idée de cultiver ce lopin de terre.
Or, cerise sur le gâteau, "Alpes-Ingé" conseille vivement au nouveau propriétaire des lieux de ne pas créer de jardin potager sur la plate-forme du sommet (pourtant recouverte par 50 à 80 cm de terre et rincée par la pluie depuis 20 ans...) ...Diable !...Y aurait-il un risque de pollution ? Que dire alors des lixiviats qui ressortent des 20 000 tonnes d’ordures et qui aboutissent dans le Rhône ? Car si le sommet de la décharge est recouvert d’une couche dite de "protection" ( ! ) "Alpes Ingé" a fait observer qu’il n’y en a pas sur le front, où les eaux de ruissellement cheminent et s’infiltrent dans les déchets avant d’atteindre le torrent
A ce jour, il n’est même pas question d’un quelconque nettoyage !
Il serait pour le moins décent que cette ZNIEFF soit "purgée" de cette décharge. Mais... les décideurs - qui ne manquent pas d’audace - commencent par dire que les caisses sont vides (argument à la mode très commode...) et puis, après tout, ajoutent-ils, puisque cette décharge est là depuis longtemps (bientôt 32 ans : 12 ans d’exploitation et 20 ans d’abandon) elle peut bien encore attendre.
Pourtant, quand il s’agit de réaliser des projets "poudre aux yeux" dont l’utilité est plus que contestable, mais qui propulsent les décideurs devant les caméras au milieu d’un aréopage de hautes personnalités, cette fois, miraculeusement, les caisses ne sont plus vides. Se faire tirer le portrait en compagnie de ministres, ou mieux... c’est quand même autre chose que poser devant une poubelle de 20 000 tonnes et cela mérite de rechercher des fonds pour remplir les caisses vides !... Car selon le principe des vases communicants, il y a toujours une caisse pour remplir une autre. Ce ne sont pas les exemples qui manquent dans l’actualité...
Certaines expressions sont employées n’importe comment par n’importe qui au point de perdre tout sens. Aujourd’hui, "écologie" et "développement durable", sont des mots tarte à la crème, utilisés tels des écrans de fumée pour cacher l’inavouable. Par surcroît si ces mots sont associés à "développement économique" ou "désenclavement" alors, il n’y aurait plus à discuter...
Eh bien si !... discutons-en ! car tout ça c’est du vent !
"On" nous promet des JO verts ! Belle promesse qui n’engage que ceux qui y croient ! Quand on voit de quelle façon les déchets sont traités dans la "ZNIEFF du Raffaray", on peut légitimement s’inquiéter pour ceux qui seront générés par les JO. En outre, "on" nous promet du grand, du beau, de quoi faire oublier Turin... sans dire combien ça va coûter et qui va payer ! Que dirions-nous d’une aide ménagère qui astiquerait soigneusement les cuivres mais qui pousserait discrètement les balayures sous le tapis ?
Les JO entraîneraient des travaux considérables. Il ne s’agit pas seulement des équipements sportifs nécessaires (il paraît que 80% d’entre eux existent !!!) mais des infrastructures annexes et indispensables (pour quelques semaines seulement) qui elles n’existent pas et qui seraient réalisées "dans la foulée" sous le couvert des JO. Ces projets, qui attendent le moment propice pour sortir des tiroirs des princes, seraient difficilement justifiables en temps normal. Une façon éhontée de nous faire avaler la pilule sous le prétexte d’un rassemblement sportif... Soyons lucides ! L’exaltation est une forme de dopage qui annihile le jugement des foules.
L’homme qui "règne" sur le département - et qui, cela ne s’invente pas, réside "rue du mont des princes" - n’en est pas à son coup d’essai dans le genre des travaux inutiles. Il y a une dizaine d’années il fit bâtir un port à Seyssel, en plein courant. Cette construction, véritable caricature, totalement inutile et conçue de façon aberrante n’accueillit pas une barque en dix ans, en dépit de la gratuité.
Sa réalisation (au coût élevé...) n’était qu’un prétexte pour justifier la construction d’écluses en aval de Seyssel afin que cette ville devienne ultérieurement une annexe d’Aix-les-Bains. En effet lesdites écluses (à quelques dizaines de millions d’euros pièce !) à peine commencées, il est déjà question d’un immeuble de haut standing à Seyssel avec accès direct par le Rhône pour accueillir une clientèle "princière". Certains "grands esprits" rêvent déjà (en dépit de l’avis des scientifiques) de relier par voie fluviale Genève à la Méditerranée. Mais pas pour le fret. Que nenni ! Seulement pour la plaisance et encore... pour des petits bateaux. Cette conception très personnelle et autoritaire d’un tourisme fluvial destiné à une minorité aisée du genre bling-bling, ne correspond certes pas aux souhaits des habitants - à qui il est pourtant promis un gigantesque (mais très hypothétique) essor économique - qui commencent à se réveiller et à se mutiner...
A Annecy et dans ses alentours, le béton risque inévitablement de fleurir et pas dans l’intérêt des habitants qui devront passer l’éponge au propre et au figuré pendant quelques décennies. Sans entrer dans le détail et pour ne relever que quelques cas flagrants, il est notamment prévu le creusement d’un tunnel sous le Semnoz et le doublement du contournement routier d’Annecy. Voilà des équipements qui auraient à l’avenir un impact irréversible : surfréquentation des rives, augmentation du trafic routier avec les pollutions qui en découlent, urbanisation linéaire à l’américaine sur des centaines de km, car le projet lointain et inavoué est celui du sillon alpin (220 km entre Genève et Valence). L’occupant actuel de l’Hôtel de Lassay a déjà pris les devants en imposant son autoroute A 41.
Tout cela est soigneusement camouflé derrière l’euphorie du spectacle sportif (avec le business qui va avec…) et la vanité d’être au centre du monde pendant quelques jours. Pour éviter toute discussion, l’avis des habitants n’a pas été requis, alors que le moindre souci démocratique aurait dû inspirer ce geste, et pas plus à Annecy qu’à Seyssel, les locaux n’ont eu leur mot à dire sur des projets qui les concernent. Les élus pensent et décident à leur place et il est de bon ton d’avaler toutes crues les couleuvres qu’ils servent à leurs administrés. Hier "on" affirmait que la décharge du Raffaray ne générait aucune pollution. Demain "on" osera dire que les canons à neige n’ont aucune incidence sur l’environnement.
A entendre les princes, leurs décisions seraient unanimement approuvées. Hier le projet des écluses n’aurait soulevé aucune contestation ( ! ) et aujourd’hui les anneciens seraient favorables aux JO à 80 %. Que de mensonges !... Il leur suffit d’étouffer ou d’ignorer les opposants, qui eux n’ont pas les moyens de se faire entendre, et de s’appuyer sur le principe du "qui ne dit rien consent". Par ailleurs, les discours princiers, largement médiatisés, sont subtilement dopés de promesses mirifiques et de flatteries démagogiques propres à faire tourner la plupart des têtes.
Il est évident qu’il s’agit d’opérations marketing dont les vues politiques sont claires et les alibis variés selon les cas. Chaque fois, il est promis des retombées économiques considérables (du genre de l’amélioration du pouvoir d’achat aux présidentielles !), derrière des paravents de circonstance : le tourisme à Seyssel, le sport à Annecy... Ce ne sont hélas que des coups médiatiques essentiellement destinés à propulser en avant les artisans de ces projets. Khéops a eu sa pyramide, Louis XIV son Versailles, Maginot sa ligne... alors à qui les JO d’Annecy ?
Il est encore temps d’éviter le pire pour Annecy ! Le département a besoin d’autres perspectives que celles de miroirs aux alouettes. Il faut impérativement sortir du dogme selon lequel il n’y aurait d’épanouissement d’une région que par la croissance économique. Le véritable épanouissement passe d’abord par le respect du cadre de vie et celui des habitants qui l’occupent.
Avant de songer à l’or des médailles, nos princes devraient d’abord se préoccuper des problèmes concrets actuels et veiller à ne pas détruire notre belle région. Nettoyer le Raffaray avant de construire des habitations de luxe, aménager des transports en commun avant de creuser des tunnels, construire des logements sociaux, dont le retard est abyssal, avant de bâtir à la hâte des milliers de chambres d’hôtel 3 à 5 étoiles comme l’exige le CIO... Il y aurait tant à faire, en moins spectaculaire, c’est vrai, mais tant pis si les caméras ne se déplacent pas pour ça...
Avant de préparer un festin grandiose, commencer par faire la vaisselle de la veille et plutôt que du foie gras pour une minorité, préparer une bonne soupe pour tout le monde !...
CR
Message aux adhérents
Comme vous l’avez toutes et tous constaté, la Baleine des lacs d’Annecy et du Léman n’est pas parue depuis prés de 3 mois. L’article qui précède à été rédigé par l’un d’entre nous (certains l’auront reconnu), et reflète parfaitement notre état d’esprit du moment qui oscille entre une confiance absolue en l’Avenir (autrement nous ne serions pas occupés à militer, mais uniquement à prier) et un ras-le-bol salvateur !!!
Le travail que nous effectuons depuis de nombreuses années commence à peine à porter ses fruits. Il y a moins de 10 ans, les "écolos" étaient considérés comme des rétrogrades (les plus anciens se souviendront de la remarque quasi systématique de nos "adversaires" "on ne va quand même pas vivre dans des grottes et s’éclairer à la bougie").
Devons nous pour autant crier Victoire ?
Le Capitalisme, véritable Hydre à mille têtes, à la fâcheuse habitude d’assimiler toute contestation, en la vidant de sa substance. Nous ne devons pas nous y tromper et rester vigilants ! Nos inquiétudes sont nombreuses et les sujets qui nous occupent sont vastes car ils ne peuvent pas se limiter à la seule préservation de notre "environnement". Toutes les questions humaines ont droit de cité dans notre association, et se contenter de quelques "coups de peinture" restera insuffisant et risque de causer bien des désillusions qui sont les mères de tous les extrémismes.
La RELOCALISATION n’est pas un vain mot, et à l’heure où certains tentent de nous faire croire que "les solutions doivent être globales car les problèmes sont globaux", nous devons réapprendre à faire vivre la DEMOCRATIE. Et rappeler aux mêmes qui, sous prétexte que par défaut ou ignorance leur nom est sorti vainqueur des urnes, se permettent de parler en notre nom en toutes circonstances, que les citoyens sont les seuls maîtres à bord, au nom de l’intérêt général, trop souvent sacrifié au profit d’une élite oligarchique !!!
Alors que le Malthusianisme refait surface (en particulier dans le milieu "écolo"), il est toujours bon de rappeler que le PARTAGE et la SOLIDARITE sont au coeur de notre engagement !! La Terre est assez riche pour nourrir chacun d’entre nous !! Et souvenons nous toujours que lorsque nous avons plus que nécessaire ici, cela veut dire que notre trop-plein manque cruellement à quelqu’un d’autre, ailleurs !!!
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KD
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