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Tchernobyl : Retour vers le passé n°6

2 mai 2016

FLASHBACK N°6 Mercredi 30 avril 1986

La Criirad explique, heure par heure, ce qui s’est réellement passé à Tchernobyl avant, pendant et après l’explosion du réacteur n°4.

FLASHBACK N°6 Mercredi 30 avril 1986

Le communiqué du directeur du SCPRI reprend presque mot pour mot le texte établi la veille pour les autorités : l’absence de risque pour la population locale est réaffirmé (alors que l’on sait désormais que Pripyat a dû être évacué). À Tchernobyl, pourtant, la situation est toujours aussi critique :
l’incendie continue à faire rage, les rejets radioactifs restent monstrueux et le pire est peut-être à venir car on craint une nouvelle explosion : le combustible, le graphite et les éléments de structure ont formé un magma radioactif en fusion, le corium, qui menace de s’enfoncer et d’atteindre les réservoirs d’eau provoquant une nouvelle explosion.

Le directeur du SCPRI ne craint pas d’intervenir pour éviter l’annulation des voyages touristiques ou d’affaires : « Il y a lieu de confirmer aux personnes qui avaient prévu de se rendre en Union Soviétique que les autorités de ce pays ont maintenant pris les dispositions nécessaires pour que les touristes ne puissent se trouver confrontés à quelque problème de santé que ce soit. »

Les affirmations du haut responsable de la radioprotection laissent sans voix : le lendemain 1er mai, à Kiev comme dans toutes les communes contaminées d’Ukraine, de Biélorussie ou de Russie la population, et les touristes, assisteront insouciants aux défilés et aux festivités. En témoignent de nombreux films et photos (dont certains portent d’ailleurs la marque des radionucléides présents dans l’air et dont les désintégrations ont impressionné les pellicules).

Concernant la France, le message est toujours aussi rassurant : « En tout état de cause, la radioactivité susceptible de revenir en Europe occidentale, et notamment en France, avec un certain délai, à la suite de cet accident ne peut en aucun cas, compte tenu de la décroissance radioactive et de la dilution, présenter de risque pour la santé publique,et ne présenterait qu’un intérêt scientifique. »

Si le directeur du SCPRI a ajouté « avec un certain délai » c’est qu’officiellement, les conditions météorologiques maintiennent la France à l’abri des panaches radioactifs.

Au journal télévisé d’Antenne 2, Claude Sérillon indique que le nuage radioactif ne progresse plus vers la Scandinavie mais qu’il descend vers le sud. Pour les prévisions, il renvoie aux explications de Brigitte Simonetta. Elles sont plus que rassurantes : « Une dépression a pris place sur la Sardaigne. Là, les vents tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Si l’émission radioactive persistait, tout laisse à penser que cette poussière aspirée depuis l’Ukraine serait renvoyée vers l’Italie, la Yougoslavie et l’Autriche. En France, l’anticyclone des Açores s’est
développé. La météo affirme qu’il restera, jusqu’à vendredi prochain, suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection. Il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’Est. » Les prévisions font donc état d’un double système de protection qui restera efficace jusqu’au 2 mai : la dépression sur la Sardaigne et l’anticyclone des Açores.

Pour que chacun comprenne bien le message un panneau STOP est inséré sur la
frontière orientale de la France.

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Vous pouvez visionner la présentation à :
https://www.youtube.com/watch?v=grhpPdXel8A
https://www.youtube.com/watch?v=grhpPdXel8A

La seule réserve de Brigitte Simonetta concerne ce qui se passera au-delà du 2 mai « attention, ces prévisions sont établies pour 3 jours, reste à savoir combien de temps il faudra encore pour éteindre l’incendie »

En réalité, les masses d’air radioactif ont déjà pénétré sur la moitié au moins du territoire français. La Corse n’est plus la seule région concernée dans la vallée du Rhône ou à Verdun , l’activité de l’air en césium a déjà été multipliée par 1 000 , 10 000 ou plus.

Les communiqués du directeur du SCPRI n’en continuent pas moins d’être rassurants : « Ce jour 30/4/86 16h, toujours aucune élévation significative de la radioactivité sur l’ensemble des stations SCPRI du territoire. »

Une heure après, un journaliste de l’Agence France Presse, Serge Berg, est informé que le bureau AFP de Nice vient de recevoir une dépêche annonçant que des scientifiques du laboratoire de radioécologie de Monaco vont publier des mesures montrant que le panache radioactif a atteint la Principauté. Il téléphone alors au professeur Pellerin en lui indiquant qu’il serait ennuyeux que les Français apprennent l’arrivée du nuage par un laboratoire étranger. Le directeur du SCPRI lui répond qu’il va vérifier. N’ayant pu obtenir la confirmation du SCPRI, la dépêche AFP de 21h44 ne mentionne que l’information du laboratoire de Monaco : « Des particules radioactives provenant du nuage radioactif dégagé par la centrale nucléaire soviétique de Tchernobyl sont arrivées au-dessus du territoire français. Les premières ont été détectées mercredi après-midi par le laboratoire de radioactivité marine de Monaco ».

C’est finalement à minuit que le SCPRI annonce une « légère augmentation » sur quelques stations du sud-est. « Ce jour, 30/4/86 à 24h, situation dans l’ensemble stationnaire. On note cependant, sur certaines stations du sud-est, une légère hausse de la radioactivité atmosphérique, non significative pour la santé publique. »

Le SCPRI aurait-il donné l’information si les mesures de Monaco n’avaient pas été publiées ? Personne ne peut l’affirmer. Il est en effet assez probable que le SCPRI ait continué à affirmer qu’aucune élévation significative de la radioactivité atmosphérique n’était détectée.

La progression des panaches radioactifs

4 JOURS APRÈS L’EXPLOSION
Le 30/04 à 1h30, selon la modélisation IRSN, le panache radioactif est
particulièrement intense au-dessus de la Pologne. Il a progressé sur la
Tchécoslovaquie, recouvert l’Autriche et aborde les frontières de l’Italie.
À Tchernobyl, les émissions radioactives se poursuivent et sont dirigées
vers le nord-est.
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5 JOURS APRÈS L’EXPLOSION
Le 1er mai à 1h30, les émissions radioactives ne sont plus orientées vers le
sud. L’activité est intense au-dessus de Kiev où va être célébrée la fête du
travail. À l’ouest, le panache radioactif recouvre la Bavière, la Suisse, le
nord de l’Italie et un large quart Est de la France. Rappelons que ne sont
représentés que les panaches dont l’activité en césium 137 est supérieure à
10 mBq/m3 (soit 10 000 fois le bruit de fond antérieur à l’accident).
Rappelons également que l’activité du césium 137 est très inférieure à celle
des isotopes 131 et 132 de l’iode.
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