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La centrale du Bugey

28 juillet 2016

-  Caractéristiques du site : réacteurs - ICEDA.
-  Interactions avec l’environnement.
-  Et nos voisins ?
-  Qui en cas de problème majeur ?
-  Quelles actions ?
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JPEG - 72.4 koLa centrale nucléaire du Bugey se situe sur une surface d’environ 100 hectares sur la rive droite du Rhône, à Saint-Vulbas (Ain), au sud-ouest du Bugey, à l’est de Lyon (35 kms ) et au sud-ouest de Genève (70 kms) ou d’Annecy (66 kms) Google earth – outils – règle - trajet. A l’origine, la construction du réacteur n°1 (filière graphite-gaz) a débutée en 1965 pour être opérationnel en 1972 puis arrêté en 1994. Il est maintenant en cours de démantèlement. Actuellement 4 réacteurs à eau sous pression d’une puissance de 900 Mwe chacun fonctionnent. Les réacteurs n° 2 et 3 et les réacteurs n° 4 et 5 constituent respectivement les installations nucléaires de base (INB) n° 78 et n° 89. JPEG - 57.7 ko Enfin, ICEDA (Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés), un magasin inter-régional de stockage du combustible ICEDA.a été construit sur le site. Initialement prévu pour 2007, ICEDA a rencontré de nombreux retards et n’est toujours pas en service. Le choix du Bugey n’est pas un hasard : Saint Vulbas, petit village au pied de la centrale du Bugey, met à disposition de ses 900 habitants un centre aquatique grand luxe, un boulodrome digne d’une métropole et des courts de tennis flambants neufs. Autant dire que la population, employée en grande partie par la centrale, est acquise aux intérêts d’EDF et AREVA. Pour tout savoir (ou presque) sur ICEDA, lire "Une poubelle nucléaire bientôt près de chez vous !"1.

Sept associations2  avaient déposé le lundi 28 juin 2010 un recours devant le Conseil d’Etat pour obtenir l’annulation du décret n° 2010-4023 autorisant EDF à créer une installation dénommée ICEDA sur la commune de Saint-Vulbas (Ain), près de la centrale nucléaire du Bugey. Ce décret a été publié au journal officiel le 25 avril 2010. Les déchets prévus sont ceux classés "B" MAVL (moyenne activité, vie longue) et "A" FAVL (faible activité vie longue). On ne sait pas quoi faire de ces déchets pour l’instant (cf. loi Bataille). L’activité des déchets MA-VL se situe en général entre un million et un milliard de Bq par gramme. Iceda a une durée de vie estimée à 50 ans maximum. Les déchets restent donc sur place jusqu’à 50 ans, en attente que la loi décide d’un entreposage définitif des déchets. Pour appronfondir le sujet ICEDA : ICEDA : de quoi s’agit-il ?4

Interactions avec l’environnement.

Le 15 octobre 2012, la centrale nucléaire du Bugey déclarait à l’ASN(Autorité de Sûreté Nucléaire) la présence de tritium à des taux nettement supérieurs atteignant 100 becquerels par litre (Bq/l) comparativement à ceux classiquement observés dans les eaux souterraines du site habituellement de l’ordre de 8 Bq/l. L’origine de cette pollution n’était pas connue mais les prélèvements effectués ne laissaient aucun doute à ce sujet. Le 12 décembre 2012, soit 2 mois plus tard, l’origine de cette fuite était identifiée, il s’agissait d’un caniveau enterré qui permettait de transférer des effluents radioactifs entre différents bâtiments, sans doute entre les réacteurs n°2 et n°3 et le Rhône. EDF se veut rassurant : « Cette présence de tritium, désormais stabilisée, ne présente pas d’impact significatif pour l’environnement, elle n’a pas d’impact sanitaire. »

La Criirad a fait une analyse critique des documents diffusés par EDF : Rapport n°16-19 V1 Voir la PJ : Criirad fuite-tritium-bugey.pdf.
Comme ce rapport comporte 21 pages dont la plupart sont très techniques, pour en comprendre la substantifique moelle, en voici le principal de la conclusion du § 5 : "L’analyse des données publiées suite à la détection d’une fuite de tritium à la centrale nucléaire du Bugey fin 2014 est édifiante : minimisation des résultats, annonce d’activités en tritium en baisse alors qu’elles sont en hausse, incohérence des résultats entre les différentes sources de données (pourtant toutes issues d’EDF), emplacements erronés des points de mesure sur le site du RNM, absence de communication pendant plus d’un an et ce alors que la contamination de la nappe est toujours effective, présentation très sommaire des causes de la fuite,… Tous ces éléments montrent que l’information du public vis-à-vis de cet incident est prise à la légère par EDF. Aujourd’hui, il faudrait beaucoup de perspicacité à un public non averti pour découvrir que les eaux souterraines de la centrale présentent toujours une contamination en tritium. ……………………………………

Pour terminer, il n’est pas acceptable qu’EDF présente ses résultats, notamment à travers ses communiqués ou par le biais du RNM, d’une manière qui ne tient pas compte de la réalité."
 

Et nos voisins ?

Il n’y a pas que de ce côté de la frontière que les voisins du Bugey sont inquiets5. Il suffit de lire la presse suisse ou française pour s’en rendre compte, par exemple entre beaucoup d’autres.

  • Le 08 avril 2016 : "Il ne faut pas attendre un incident, ce sera trop tard"6. Invité vendredi dans l’Ain à une Commission locale d’information (CLI) de la centrale nucléaire du Bugey, le maire-adjoint de Genève, Rémy Pagani, est intervenu dans une ambiance tendue après la plainte suisse visant à faire fermer le site et ne mâche pas ses mots sur la centrale du Bugey, la plus ancienne en activité en France après celle de Fessenheim (Haut-Rhin).
  • Le 07 mars 2016 : "La ville et le canton de Genève se sont lancés dans une « bataille juridique et politique » de grande ampleur contre la centrale nucléaire française du Bugey, accusée de faire courir un grave danger à sa population en raison de sa vétusté."7.
  • Centrale du Bugey : Paris ouvre une enquête8 : "Un petit pas pour Paris, un grand pas pour Genève. Au début du mois de mars le Canton, la Ville et des privés ont déposé une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « pollution des eaux » de la centrale nucléaire du Bugey, exploitée par la société EDF à 70 km de Genève. Mercredi, le Parquet de Paris a informé que son Pôle santé publique avait été saisi et qu’« une enquête préliminaire est ouverte, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique est saisi des premières investigations".

Que se passerait-il en cas de gros problème ?

Espérons que les autorités préviendraient rapidement et honnêtement les populations. On peut compter sur le réseau de balises de la Criirad pour le faire ! Schématiquement, la chronologie serait :

- D’abord la mise à l’abri (confinement) dans les logements en isolant au maximum les échanges avec l’extérieur (jointures portes et fenêtres). Toutefois, au bout de 24 ou 48 heures, cette mesure deviendrait inefficace car il y aurait un équilibre entre les atmosphères extérieurs et intérieures

- Si la quantité d’iode radioactif rejetée est importante (pour induire une dose à la thyroïde supérieure à 50 mSv sur 24h), prendre des comprimés d’iode le plus tôt possible. Il faut donc, d’abord en avoir mais également que l’information soit très rapidement donnée par les autorités ou la Criirad ou ….. Par exemple, lors du passage du "nuage" de Tchernobyl, cela n’aurait pas été absolument nécessaire car il n’y en avait pas assez !!

- L’évacuation ensuite (si dose efficace est > 50 mSv/24h) mais les autorités pensent que la moitié des gens seront déjà partis , on ne prévoit donc en évacuer que la moitié....

- Mais pas d’indemnisation puisque le nucléaire n’est pas ou n’est que mal assuré.

  • Le système d’assurance des centrales nucléaires françaises est très insuffisant : "A l’heure actuelle, seuls 345 millions d’euros sont couverts pas sinistre, essentiellement par l’Etat"9.
  • 430 milliards d’euros. Tel serait le coût total d’un accident nucléaire majeur similaire à celui de Fukusima en France, selon une étude réalisée par l’INRS (Institut National de Radioprotection et de sûreté nucléaire). Si les dégâts sur le site ne s’élèveraient qu’à 8 milliards d’euros, le coût pour l’image de la France serait de l’ordre de 160 milliards, constitué notamment des pertes de recettes touristiques. A cela s’ajouteraient le coût radiologique en dehors du site (53 milliards), la contamination des territoires (110 milliards) et les coûts associés au chamboulement de l’outil de production électrique français10.
  • Il faudra également essayer de contrôler le niveau de contamination des aliments, notamment en relation avec la législation. Pour plus de détails, voir le dossier NMA de la Criirad11.
  •  Et enfin, tout comme à Tchernobyl et/ou Fukushima, tout sera fait officiellement pour inciter la population à la maison, même si la zone est reconnue contaminée. La meilleure preuve ? 12/07/16 - Le Japon lève partiellement un ordre d’évacuation autour de Fukushima12.

Quelles actions ?

Afin de clairement exprimer un désaccord quant à la prolongation des activités du site du Bugey qui est envisagée jusqu’en 2021 et 2024, il y a eu celle signalée sur le site des AT74 : http://www.amisdelaterre74.org/sortir-du-nucleaire-du-bugey-vous-incitent-a.html

Sinon, pour se tenir au courant, il faut se renseigner sur les sites de l’association Sortir du Nucléaire Bugey :
http://www.stop-bugey.org/nos-actions/
et
http://www.stop-bugey.org/nos-actions/
et pour ce qui concerne plus spécifiquement ICEDA : http://www.stop-bugey.org/iceda/

Il est bien évident que les AT74 suivent au plus près tout ce qui concerne cette centrale du Bugey. =================================================================== Références :

1- https://rebellyon.info/ICEDA-lien-essentiel-entre-l

2 - http://www.criirad.org/actualites/dossier2010/iceda/iceda.html Les 7 associations partenaires :

  • AHDE : Association Hiéroise de la Défense de l’Environnement - (38118),
  • CRIIRAD - 26000,
  • CRILAN : Comité de Réflexion, d’Information et de Lutte anti-nucléaire - 50340,
  • Médiane – 84120,
  • SEPNB ou Bretagne Vivante - 29 231,
  • Sortir du nucléaire Cornouaille - 29000,
  • Vivre dans les Monts d’Arrée – 29600.

3 - https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022134045&dateTexte=&categorieLien=id

4 - http://www.stop-bugey.org/iceda/

5 - http://www.ledauphine.com/environnement/2016/04/18/30-ans-apres-tchernobyl-5-ans-apres-fukushima-ils-reclament-l-arret-de-la-centrale-du-bugey

6 - http://www.lematin.ch/suisse/Centrale-du-Bugey-debat-tendu-avec-la-Suisse/story/16022969

7 - http://www.lepoint.fr/economie/geneve-reclame-la-fermeture-de-la-centrale-nucleaire-du-bugey-07-03-2016-2023608_28.php

8 - http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/pCentrale-du-Bugey-Paris-ouvre-une-enqutep/story/14483647

9 - http://www.slate.fr/story/51679/assurance-centrales-nucleaires-cout-accident

10- http://www.actu-environnement.com/ae/news/irsn-evalue-plus-20-pourcent-pib-cout-accident-nucleaire-majeur-france-17770.php4

11- http://www.criirad.org/aliments-nma-accidentnucleaire/sommaire.html)

12 - http://www.7sur7.be/7s7/fr/2765/Environnement/article/detail/2793539/2016/07/12/Le-Japon-leve-partiellement-un-ordre-d-evacuation-autour-de-Fukushima.dhtml

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